Simetierre

Simetierre
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Simetierre
Pet Semetary
États-Unis, 1989
De Mary Lambert
Scénario : Stephen King
Avec : Blaze Berdahl, Denise Crosby, Brad Greenquist, Fred Gwynne, Miko Hughes, Dale Midkiff
Photo : Peter Stein
Musique : Elliot Goldenthal
Durée : 1h43
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Louis Creed et sa famille emménagent dans leur nouvelle maison. Un petit chemin en friche au bout du jardin mène vers un cimetière dans lequel sont enterrés les animaux décédés des enfants du village. Lorsque le chat de la famille se fait écraser sur la route, Louis l’enterre dans ce cimetière. Le lendemain matin, l’animal est revenu à la vie.

OFF LIMIT

Il y a certains films qui se situent au-delà de certaines limites imposées plus ou moins officiellement par un ordre moral inconscient et inhérent à chaque spectateur. Que peut-on montrer, jusqu’où puis-je aller, ai-je le droit de tout filmer? Ces questions, des films jusqu’au-boutistes tels que La Nuit des morts-vivants, L’Exorciste, ou plus récemment Irréversible, tentent plus ou moins vainement d’y répondre. "Vainement", car il n’est bien entendu pas évident de fixer l’indicible sur pellicule, de le transformer en images visibles, et de dépasser ainsi des limites qui varient selon le spectateur. Pourtant, il est évident qu’en repoussant consciemment les barrières, non pas du mauvais goût (à ce stade, les notions habituelles de bon et de mauvais goût n’ont plus cours), mais simplement de l’immontrable, du honteux, ces films ont su établir une nouvelle norme de l’horreur, et atteindre un palier supplémentaire dans la représentation du mal. Ce cinéma de l’extrême, basé sur la dégénérescence du corps et de l’intime, nul doute que Simetierre en fasse partie. En filmant l’éclatement d’une famille qui suit la mort du plus jeune enfant (scène atroce et traumatisante), Mary Lambert, femme d’un seul film, a su matérialiser à l’écran les peurs les plus primales qui reposent en chaque être humain.

DU PURGATOIRE A L’ENFER

Lorsque sort en 1989 Simetierre, le cinéma d’après Stephen King est dans une impasse, conséquence directe de la politique de l’auteur qui consiste à vendre les droits de ses livres à qui les veut - et peut les payer. Si l’on met à part le petit chef d’œuvre d’émotions réalisé par Rob Reiner en 1986 (Stand by me), il est évident que la décennie des années 80 est une sombre période qui voit éclore une dizaine de films dispensables, voire franchement mauvais. Cat’s eyes, Les Enfants de Salem, Running Man (un monument de violence transformé en actionner boursouflé aux services de Schwarzie), Creepshow 2 (nettement inférieur au premier), Peur bleue, Maximum overdrive (réalisé par le King himself), Firestarter, Les Enfants du maïs… N’en jetez plus, la coupe est pleine, King et le cinéma, c’est définitivement fini. Il faut remonter à Christine, Dead zone et, à un degré moindre, Cujo, pour trouver des adaptations valables des œuvres du romancier. Simetierre, véritable représentation de l’enfer sur Terre, arrive donc à point nommé pour remettre tout le monde d’accord: en adaptant un scénario écrit par l’auteur, d’après ce qui reste aujourd’hui encore probablement son meilleur roman, Mary Lambert marchait sur la corde raide, et la réussite pouvait être aussi flamboyante que le ratage pathétique. Véritable carton mondial, engrangeant aux Etats-Unis la somme astronomique (pour l’époque, et surtout pour le genre) de 57 millions de dollars, Simetierre venait en outre prouver, enfin, que le King était viable commercialement (on oublie un peu trop facilement que la plupart des adaptations précédentes ont été au mieux des demi-succès). Produit par Richard Rubinstein - fidèle collaborateur de George A. Romero - le film scellait définitivement l’amitié et la collaboration des deux hommes, qui allaient être amenés par la suite à retravailler souvent ensemble, toujours sur des scénarios de King.

CET HOMME EST FOU

Il règne dans Simetierre une ambiance à ce point glauque qu’il est permis de douter de la santé mentale du cerveau à l’origine de tout cela. Avec ce film, Stephen King apparaît comme fou, il fait peur, seul un esprit dérangé aurait pu accoucher d’un tel lot d’atrocités (on pense aussitôt à l’écrivain fictif Abdul Al-Hazred, auteur du Necronomicon régulièrement évoqué par Howard P. Lovecraft dans ses écrits). Véritable transcription des pires cauchemars de l’auteur, Simetierre apparaît comme un film d’horreur au contenu adulte (le concept peut faire sourire, mais à l’époque, le cinéma traversait une passe intensément comique), dans lequel la peur naît non pas d'un monstre ou d’un quelconque aspect gore, mais bien d’une hypothèse réelle et effrayante: la mort d’un enfant. Comment accepter une telle injustice, comment vivre lorsque son enfant de trois ans est passé sous les roues d’un camion? Comment envisager un éventuel deuil devant une chose aussi atroce? Stephen King répond: lorsque l’impensable se produit, la chute commence, inexorablement. Simetierre est ainsi l’un des rares films dans lequel chaque événement conduit à un gouffre plus profond encore que le précédent. Un événement A entraîne un événement B, qui entraîne un événement C, etc. Avec comme seule perspective une vision littérale de l’enfer. Or, comme L’Exorciste, comme La Nuit des morts-vivants, comme Irréversible (d’une autre façon), Simetierre dit une chose: l’enfer commence simplement lorsque l’autre, l’être aimé, devient méconnaissable et inhumain. C’est là que réside tout le discours et la force de ce film incroyable et structuré au rasoir, qui touche à l’intime plus qu’au fantastique.

SUSPENSE A DEUX BALLES

Il n’est pas rare d’entendre ici ou là des spectateurs dénigrer le film, prétextant que l’histoire ne fait absolument pas peur, et que le suspense est inexistant. Devant la réputation de nanar qu’on cherche parfois à lui coller, il est nécessaire de rétablir une vérité: il est vrai que Simetierre abandonne absolument toute notion de suspense, de surprise, de frayeur. Le film ne fait jamais sursauter, ne prend jamais le spectateur au dépourvu. Donc pourquoi un tel culte autour de l’œuvre? Tout simplement parce qu’elle prend à l’envers la notion de surprise et de peur, parce qu’elle bouleverse les règles élémentaires du suspense classique, et renverse les canons habituels de la narration. Ce ne sont pas les événements en soi qui sont effrayants. Il se trouve juste que les prévisions terrifiantes que le spectateur peut faire devant le film arrivent toutes une à une, consciencieusement, sans la moindre exception. On n’a plus peur de ce qui arrive, mais du fait que ce qui arrive soit justement ce à quoi on avait pensé. Idée magnifique qui consiste à rendre le spectateur intensément actif. On n’avait quasiment jamais rien connu de tel jusqu’à présent.

par Anthony Sitruk

En savoir plus

Ecrivain prolifique, Stephen King, l’homme aux cent millions de livres vendus, a été adapté maintes fois au cinéma avec des fortunes diverses. Se sont frottés à ses écrits: Brian De Palma (Carrie), David Cronenberg (Dead zone), Tobe Hooper (Les Vampires de Salem), Stanley Kubrick (Shining), John Carpenter (Christine), Rob Reiner (Misery, Stand by me), Franck Darabont (Les Evadés, La Ligne verte), Bryan Singer (Un Elève doué), Lawrence Kasdan (Dreamcatcher), Lewis Teague (Cujo), Mark Lester (Firestarter), George Romero (Creepshow, La Part des ténèbres), etc. Il a lui-même réalisé le film Maximum overdrive, énorme flop commercial tiré de la nouvelle Trucks de son recueil Brume. Certains producteurs n’ont en revanche pas hésité à apposer à leurs films le nom du King, alors que le rapport entre l’écrivain et le produit fini reste encore trouble: Running man n’a ainsi plus rien à voir avec le roman d’origine, de même pour Les Enfants de Salem, Le Cobaye, Children of the corn 2 et 3, ou Simetierre 2. Par ailleurs, plusieurs de ses romans ont été adaptés pour la télévision: Ça, Le Fléau, La Tempête du siècle, Les Tommyknockers, Les Langoliers, Shining

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