Ma vraie vie à Rouen

Ma vraie vie à Rouen
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Etienne, un jeune patineur artistique, vit avec sa mère à Rouen. Adolescent préoccupé par la sexualité et sa nouvelle vie d’adulte, il filme des moments de sa vie quotidienne à l’aide d’une caméra DV.

Après le très sympathique Jeanne et le garçon formidable et le réjouissant Drôle de Félix, le couple Ducastel et Martineau (à la ville comme à l’écran) revient avec ce nouveau long-métrage surprenant, pour égayer le paysage cinématographique français. Expérimental et novateur, leur nouveau film, tourné entièrement en DV, approfondit le travail sur l’image et le procédé numérique. Sans véritable ossature fictionnelle, Ma vraie vie à Rouen est un tourbillon d’images tirées de la fausse vie quotidienne d’une famille reconstituée. Chaque personnage manipule la caméra à son gré, comme n’importe quel vidéaste amateur, pour filmer des visages, des endroits, dans leur vie de tous les jours, sans se soucier d’une quelconque mise en scène. L’aspect documentaire prend alors le pas sur la forme filmique, et très rapidement, après un petit temps d'acclimatation nécessaire, ce faux documentaire amateur apparaît intéressant et débarrassé de tout complexe de non-cinéma. L’œuvre est un vrai film, habilement scénarisé et monté, et conserve cet aspect chaleureux du film de famille, évitant l’écueil de la réalisation brouillon ou dilettante. Sans renoncer à leur principaux chevaux de bataille, et toujours avec simplicité et conviction, Ducastel et Martineau continuent de développer la thématique de l’homosexualité, et condamnent une fois de plus les mouvements politiques d’extrême droite.

Une vraie nouveauté que ce film, rafraîchissant et agréable, comme l’étaient avant lui les deux premières réalisations des cinéastes. Une réussite formelle qui communique de petits plaisirs simples, comme cet indescriptible besoin de faire des cadres, cette inaltérable envie de saisir ces petits moments de vérité qui sillonnent nos vies, et cette idée constante de bonheur fondamental qui parcourt chaque œuvre des réalisateurs. Une liberté de ton et de mise en scène qui n’est pas sans rappeler l’incroyable énergie d’un certain Jacques Tati, ou plus encore d’un Bertrand Blier à l'époque des Valseuses. Impossible de s’ennuyer devant ce maelström d’images, qui finit même par fasciner, sans frustration ni voyeurisme, tant la sympathie du projet et l'enthousiasme des comédiens se font sentir. Des comédiens dans un exercice périlleux, puisque censés être mal à l’aise face à l’objectif, comme n’importe qui dans la réalité en présence d’une caméra espionne, mais qui relèvent ce défi du quotidien avec simplicité et naturel, la belle Ariane Ascaride en tête. Comme d’habitude chez Ducastel et Martineau, la perfection de l’écriture vient égaler la direction d’acteurs, précise et savoureuse. Un film tendre et atypique, qui promet de vous faire sortir avec le sourire. C’est déjà beaucoup.

par Yannick Vély

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