Festival de Gérardmer: Jamie Marks is Dead

Festival de Gérardmer: Jamie Marks is Dead
Envoyer à un ami Imprimer la page Accéder au forum Notez ce film
Jamie Marks is Dead
États-Unis, 2014
De Carter Smith
Durée : 1h41
Note FilmDeCulte : *****-
  • Festival de Gérardmer: Jamie Marks is Dead
  • Festival de Gérardmer: Jamie Marks is Dead

Quand Jamie Marks disparait, il ne manque à personne. Sauf à Adam, qui est hanté par lui…

LE MORT AMOUREUX

Il y a trois ans, nous placions le réalisateur américain Carter Smith dans la liste de nos dix espoirs du cinéma fantastique. Nous avions alors en tête Les Ruines, le film qui l'avait révélé, mais aussi Bugcrush, l'un de ses excellents courts métrages. Six longues années se sont écoulées depuis Les Ruines, et ceux qui attendaient (avec une impatience légitime) un retour aussi féroce et mordant seront sans doute décontenancés par Jamie Marks is Dead. Pas d'éclat jubilatoire ou éprouvant ici, mais au contraire une ambiance et un rythme cotonneux qui laissent place à l'imagination et l'appréhension. Une manière d'inviter le surnaturel dans l'ultra-réalisme d'une banlieue américaine, ses pavillons qui se ressemblent tous et ses pénibles journées de lycée. Si Jamie Marks is Dead donne parfois l'impression de contenir deux films en un, l'une des raisons tient justement en ce mélange de deux registres cinématographiques distincts, tous deux américains : la chroniques ado indépendante mélancolique et crue, et le conte d'initiation surnaturel issu de littérature pour jeune adulte, où un jeune lambda hérite généralement de responsabilités inattendues. Aucun de ces deux registres ne vient pourtant prendre le pas sur l'autre, ou lui servir de prétexte. Cette improbable hybridation est d'une homogénéité surprenante. Ce n'est pas la moindre de ses qualités.

Alors qu'ils ne se connaissaient peut-être que peu, Adam devient obsédé par la mort brutale d'un jeune garçon de son lycée. Dévoiler l'intrigue au-delà de ce point de départ serait une faute. Mais il y a plus d'un point commun entre Jamie Marks is Dead et Bugcrush. Dans ce dernier, la fascination d'un ado pour un autre se traduisait par une double tension: à la fois sensuelle (s'agit-il d'attirance? Vont-ils passer a l'acte?) et fantastique, dont le surgissement devenait d'autant plus cruel. Il y a un certain écho de cette dualité dans la relation d'Adam à la mort de Jamie. Cela passe d'abord par un sous texte homoérotique qui, s'il ne dit jamais son nom ou ne devient jamais explicitement irréfutable, n'est invisible qu'aux spectateurs qui ont de la poussière dans les yeux. Quand un garçon et une fille couchent ensemble pour la première fois, on ne voit pas les seins de cette dernière (qui reste habillée), mais les fesses de son copain (certains fans d'horreur ont dû s'arracher les cheveux). Quand on trouve enfin un ami à qui confier sa solitude, les discussions prennent des airs de déclarations d'amour, et un simple échange de mot se retrouve paré d'un poids érotique inattendu. Mais ce détournement des normes (Adam n'a pas de père mais presque deux mamans) n'est pas un coup de coude ironique. Il est au contraire au cœur des enjeux du récit, particulièrement émouvant.

Comment rendre le fantastique émouvant? En s'en servant non pas comme d'une intrusion extérieure au réel, mais comme une figure de style pour mieux parler de choses tangibles. Dans Jamie Marks is Dead, les marginaux sont filmés comme des revenants, et vice-versa (Frances, la clocharde noire...), et l'on est jamais autant soi-même que près d'une tombe. D'une manière pas si éloigné que dans les excellents It Follows ou Mysterious Skin le surnaturel sert ici a révéler ce qui est réel mais refoulé, à mettre en lumière l'inconscient de son protagoniste. Un prisme qui apporte un relief tout particulier au cheminement d'Adam. En passant par ce surprenant mélange de registres, et en imposant son propre rythme, Carter Smith parvient a un résultat inattendu et rarissime dans le genre : il nous brise le cœur.

par Gregory Coutaut

Commentaires

Partenaires