Hill of Freedom

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Hill of Freedom
Jayuui Eondeok
Corée du Sud, 2014
De Sang-Soo Hong
Scénario : Sang-Soo Hong
Avec : Ryo Kase, So-Ri Moon
Durée : 1h07
Sortie : 08/07/2015
Note FilmDeCulte : *****-
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Un Japonais se rend en Corée pour y retrouver son ancien amour. Alors qu'il s'installe dans une chambre d'hôtes, le jeune homme fait différentes rencontres...

AU-DELÀ DE LA COLLINE

Mineur, le nouveau Hong Sang-Soo ? Hill of Freedom est en effet mini par la taille (66 minutes, pas plus), mais après tout, tous les long-métrages du maître coréen, particulièrement émouvants malgré leur minimalisme apparent, ne possèdent-ils pas leur propre échelle ? Ne les appelle-t-on pas, autant par affection que par facilité de langage, des miniatures ? Cette nouvelle variation n’a pas à rougir de la comparaison avec ses prédécesseurs. Cette « colline de la liberté », du nom du café que fréquentent les amoureux séparés sans parvenir à s’y croiser, n’est pas qu’un simple talus à enjamber. Tout comme le phare qu’Isabelle Huppert cherchait en vain à atteindre dans In Another Country ou le parc en hauteur dans lequel Oki allait prendre du recul sur ses amours dans Oki’s Movie, c’est un lieu monumental, autant métaphorique que tangible, qui résout moins qu’il ne révèle le poignant état de demande affective des protagonistes.

Hong Sang-Soo commence pourtant sa course au sommet par un sprint surprenant. Tout d’abord un plan d’ouverture volontairement improbable en forme de zoom arrière. Puis par un accent particulier mis sur l’aspect comique des choses. Avec Le Jour où il arrive et In Another Country, Hill of Freedom est en effet l’un de ses films à aller le plus franchement vers la comédie. Tout d’abord via quelques piques culturelles entre Coréens et Japonais, les premiers étant ici prompts à dicter et commenter les choix de vie du second. Mais surtout, les personnages d’Hong Sang-Soo ont toujours l’air plongés « dans un autre pays », hébétés ou boostés par une difficulté à se faire entendre et comprendre de manière simple, et d’exposer leurs sentiments à leur destinataire. Ces problèmes de communication prennent une dimension supplémentaire, souvent hilarante, dans cette histoire de Japonais en exil amoureux en Corée, où tous les échanges se font en anglais. A quel point le spectateur occidental bénéficie-t-il de ce jeu de langage ? Si les accents sont parfois inattendus, l’anglais parlé par les personnages est à la fois affirmé et saccadé… comme si chacun était très sûr de soi, mais ne parvenait qu’au prix d’un effort certain à exprimer une version trop simplifiée de son ressenti. Cet effort d’articulation (au sens propre et figuré), qui transparait tout au long du film, est peut-être la nouvelle trouvaille la plus excitante trouvée par Hong Sang-Soo pour traduire ses thématiques habituelles.

Mais une fois du plus, attention au pièges de la narration : cette quête amoureuse n’est qu’une histoire dans l’histoire. Le film commence avec un autre personnage, une femme coréenne a qui l’on remet un paquet de lettres, qu’elle va lire dans le désordre dans un café, le reste du film venant illustrer chacune de ces lettres. C’est au spectateur de tenter de recoudre l’ordre chronologique des choses, et le jeu de piste est d’autant plus passionnant qu’aucune explication trop simple n’est apportée. Ces lettres datent-elles de la semaine dernière ou d’il y a déjà des années ? Cette femme semblant plus âgée que l’amant japonais signifie t-elle que les lettres pourraient ne pas lui être adressées ? Les scènes le mettant en scène sont-elles de vrais flashbacks ou simplement ses fantasmes à elle ? Un flou assumé dans lequel on glisse avec plaisir, jusqu’à ce que le jeu de miroir devienne bouleversant, une fois de plus. Quand les amoureux se retrouvent enfin, s’agit-il d’un rêve ? D’un souvenir ? De sa part à lui ou à elle ? Qui raconte et qui souhaite qui, ici ? Chaque question en soulève une autre, aucune réponse n’est définitive, la quête d’amour n’est jamais définitivement satisfaite, et la colline du titre parait presque infranchissable.

Un mot sur la très surprenante interdiction aux moins de 18 ans qui avait frappé le film lors de sortie en Corée. Rien ne vient ici l’expliquer clairement à nos yeux occidentaux. Si le héros japonais couche avec une Coréenne, c’est de manière particulièrement chaste et sans érotisme. Quant aux relations diplomatiques entre les personnages, elles ne dépassent jamais l’échange de politesse ou l’éventuel sous-entendu caustique. Un mystère de plus pour un film qui les cultive et déploie avec bonheur.

par Gregory Coutaut

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