Excision

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Excision
États-Unis, 2011
De Richard Bates Jr.
Scénario : Richard Bates Jr.
Avec : Traci Lords, AnnaLynne McCord
Photo : Itay Gross
Musique : Steve Damstra II, Mads Heldtberg
Durée : 1h21
Note FilmDeCulte : *****-
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Pauline n'est pas une ado typique. Ses diverses fascinations (comme son fantasme d'effectuer des opérations chirurgicales sur des inconnus) effraient ses parents. Il n'y a que sa jeune soeur, souffrant de mucoviscidose, qui la comprenne. Mais lorsque Pauline décide de perdre sa virginité, c'est là que les choses vraiment étranges commencent...

LA GARCE

Il y a un an tout pile, L’Étrange Festival diffusait The Woman, une perle d'horreur racontant comment un père de famille se mettait en tête d'éduquer une femme sauvage qu'il a trouvée lors d'une partie de chasse dans les bois. Un an plus tard, c'est Excision du tout jeune Richard Bates Jr qu'on découvre. Les deux films ont été dévoilés au Festival de Sundance, ce qui prouve, à l'inverse de ce que commentait Martin Scorsese avec ironie, que le cinéma indépendant américain n'est pas qu'une affaire de CV amoureusement envoyés à Hollywood. Le casting de Excision réunit de nombreuses figures de la contre-culture, qu'il s'agisse de l'ex-actrice porno Traci Lords, du Lynchien (et même Twin Peaksien) Ray Wise ou du Pape John Waters. Voir toutes les figures d'autorité du film (mère, proviseur, prêtre, ou même professeur si l'on inclue Malcolm McDowell) interprétés par ces joyeux lurons n'est évidemment pas un hasard. L'héroïne, jouée par une AnnaLynne McCord possédée, n'est pas vraiment du type Barbie américaine. Plutôt le contraire. Brune, souillon, herpès sur la lèvre. Richard Bates Jr n'en fait pas un guignol pour autant. Son fuck affiché sur sa tête est politique. Comme The Woman, Excision met le doigt dans la fabrique de poupées, quitte à se le faire couper.

Pauline, parce qu'elle ne ressemble pas aux autres lycéennes, ces "sacs à foutre trop maquillés", est forcément une "lesbienne refoulée". Lucky McKee, dans The Woman, opposait à la fabrique de poupées une femme sauvage, avec ses propres codes qui ne se limitent pas à ceux de la séduction. Le père de famille puis le fiston essaient de la transformer en poupée gonflable, à leurs risques et périls. L'héroïne de Excision déclare à sa sœur que son univers ne tourne pas exclusivement autour des garçons comme les autres filles de son âge. La violence, dans Excision, reste longtemps contenue dans ses pulsions, des visions mentales gores d'opérations à cœur ouvert et autres tortures, des échappatoires pour Pauline écrasée par l'univers hyper coloré de sa maison ou son lycée. Ces mêmes couleurs chatoyantes deviennent inquiétantes dans ses rêves. La violence, pourtant, est partout dans Excision. Contrairement à The Woman qui explore largement le rapport homme/femme, Excision observe cette violence exercée par des femmes (la mère, les lycéennes) sur d'autres femmes. Un moule à trancher les membres qui dépassent, où l'on se déguise en princesse d'un soir comme on mettrait un costume militaire.

Excision joue la carte de la comédie grotesque mais pousse évidemment à la mise en perspective. Le rire jaune cache quelque chose de plus noir. Bates Jr fait preuve d'une grande maturité en ne limitant pas Excision à un film-choc. Son personnage principal, pas la loque passive qu'on imagine, au contraire un personnage fort, dur, opiniâtre, est un des plus marquants de l'année. Ce qui rend encore plus puissant un finale hallucinant, où la violence contenue devient alors totalement folle. Coup d'essai, coup de maître.

par Nicolas Bardot

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