Doctor Strange in the Multiverse of Madness

Doctor Strange in the Multiverse of Madness
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Doctor Strange in the Multiverse of Madness
États-Unis, 2022
De Sam Raimi
Avec : Benedict Cumberbatch, Elizabeth Olsen
Photo : John Mathieson
Musique : Danny Elfman
Durée : 2h07
Sortie : 04/05/2022
Note FilmDeCulte : *****-
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Dans ce nouveau film Marvel Studios, l’univers cinématographique Marvel déverrouille et repousse les limites du multivers encore plus loin. Voyagez dans l’inconnu avec Doctor Strange, qui avec l’aide d’anciens et de nouveaux alliés mystiques, traverse les réalités hallucinantes et dangereuses du multivers pour affronter un nouvel adversaire mystérieux.

SAM RAIMI IN THE MCU OF BLANDNESS

Cela fait à peu près six ans que l'uniformisation des films du Marvel Cinematic Universe a eu raison de l'enthousiasme que l'on pouvait porter à cette incroyable licence, la première à proposer un univers partagé aussi pérenne et travaillé au cinéma. Tout au plus pouvait-on vaguement être diverti par les différents épisodes de ce qui s'apparentait de plus en plus à une série télévisée sur grand écran, avec le producteur Kevin Feige en showrunner, donc unique "voix" derrière l’œuvre. Même des réalisateur.ices venu.e.s du cinéma indépendant et issus de la diversité peinaient à imposer une quelconque personnalité ou à réellement se démarquer du moule, les films allant jusqu'à partager parfois un même directeur de la photographie. Que diable venait faire Sam Raimi là-dedans? Ce même Sam Raimi qui avait su passer de films d'horreurs cartoonesques fauchés à du blockbuster de super-héros. Ce même blockbuster de super-héros qui avait entériné la naissance du genre qui allait devenir le genre dominant à Hollywood. Alors qu'il n'avait pas sorti de film en neuf ans (!) et que sa dernière expérience dans ce registre, Spider-Man 3, souffrait justement d'un parasitage par le studio, pourquoi l'auteur viendrait-il réaliser non seulement un film Marvel mais qui plus est une suite au film d'un autre (voire aux films de 18 autres)? Contre toute attente, ou peut-être au contraire est-ce tout à fait logique, Doctor Strange in the Multiverse of Madness est sans aucun doute le Marvel le plus incarné et inventif depuis 2016 et donc TREIZE films, mais surtout l'ouvrage est traversé par la personnalité de Raimi de bout en bout.

Pour être plus honnête, ce nouvel épisode s'inscrit plus précisément dans la continuité du premier Doctor Strange, revenant à la relation entre le Sorcier et l'objet de son cœur, Christine (Rachel McAdams), du diptyque Avengers Endgame et Infinity War, le personnage s'interrogeant sur le bien-fondé de ses choix cataclysmiques, et surtout de la série WandaVision, la Sorcière Ecarlate étant au centre du récit. Le départ de Scott Derrickson, réalisateur du premier film, et l'épidémie de la Covid ont permis à Raimi et au scénariste Michael Waldron (la série Loki mais également Rick & Morty) de reprendre l'écriture à zéro et donc de se réapproprier le film tout en répondant au cahier des charges imposés par la suite. Bien que la vision de ses précédentes œuvres est indéniablement un plus, notamment pour la série WandaVision, qui rend la trajectoire de Wanda Maximoff particulièrement touchante, le film peut s'apprécier indépendamment comme une aventure contenue où l'intrigue apporte ses questionnements propres. Et pour une fois, la dramaturgie l'exploite.

Dans Infinity War, l'opportunité pour les protagonistes de voyager dans le temps n'était jamais utilisée par les scénaristes pour mettre les personnages face à des dilemmes moraux ou ne serait-ce que pour explorer leurs décisions. Ici, la possibilité de voyager à travers le multivers force le héros à douter de ses actes passés et à confronter son propre potentiel, notamment dans l'opposition avec ses divers adversaires qui sont autant de facettes de sa personne, parfois littéralement. Ce n'est pas pour rien que l'on retrouve la figure du double maléfique, déjà présent dans L'Armée des ténèbres et Spider-Man 3. Nombre de motifs récurrents de la filmographie du cinéaste parcourent le film, que ce soit la caractérisation de l'antagoniste, un proche comme souvent chez Raimi, et qui n'est pas sans rappeler celui du Monde fantastique d'Oz, ou bien les thématiques de la rédemption et du choix, chères à l'auteur, sans oublier l'ouverture d'une boîte de Pandore et même le détail de la montre!

Toutefois, c'est formellement que le metteur en scène s'en est le plus donné à cœur joie. De son titre ouvertement bis jusque dans ses délires les plus pop art, le film porte le sceau de Raimi. Avec la collaboration de Bob Murawski, son monteur depuis 20 ans, le réalisateur signe un découpage reconnaissable entre mille, qu'il s'agisse des angles obliques ou des mouvements dynamiques en passant par les transitions ludiques. Les scènes d'action, sans se mesurer à celles de la trilogie Spider-Man, débordent d'idées et attestent du goût toujours frais de Raimi pour l'horreur. L'inventivité ne se retrouve donc pas uniquement dans l'utilisation des pouvoirs mais dans certaines mises à mort violentes, aussi gore qu'un Marvel PG-13 le permet. Et si humour il y a, ce n'est jamais au détriment du gravitas. Le film ne brasse pas des notions qui appellent à une réflexion particulière à l'issue de la projection mais d'un point de vue purement narratif, sa densité surprend. Une avalanche de choses se passe en seulement 2h07. Rien que le premier acte est surchargé et ce n'est que le début. A l'ère des blockbusters inutilement longs, cela a le mérite d'être signalé. En tout cas, c'est la marque d'un film qui refuse d'être paresseux et amorphe, qui ne saurait se contenter d'être un Marvel de plus. Rien qu'en cela, le spectacle de Doctor Strange in the Multiverse of Madness est réjouissant.

par Robert Hospyan

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